Aux portes du desert du Thar, Jaisalmer dresse son fort de pierre ocre au sommet d'une colline. Udaipur etait blanche, allongee sur son lac, Jaisalmer a la couleur du sable au soleil couchant. Le desert n'est pas une mer de dunes, mais plutot une terre semi-aride ou poussent des buissons epineux et de petits arbres tortueux, entre lesquels des biches et des paons se promenent... Les gitans sont partis d'Inde, et les habitants du Rajasthan en sont l'evidente illustration. Le hommes comme les femmes font preuve d'un gout et d'un art de la parure epoustouflants. Les femmes portent de larges demi-cercles d'or a la narine, souvent accroche a une boucle d'oreille, et plusieurs rangs de colliers s'enroulent sur leurs saris aux coloris eclatants. Elles cachent leur visage sous un pan de voile, qu'elles rajustent d'une main chargee de bracelets assortis a leur saris. Les hommes arborent de volumineux turbans rouges, saffrans, ou  multicolores. Il sont souvent des boucles aux deux oreilles, de petits brillants ou de gros anneaux ovales de cuivre jaune. Leur dhotis, longues cotonnades blanches enroulees, mi-pagnes mi-pantalons, achevent de leur donner un air oriental. Ces visages au menton ferme, ces nez busques, entre des pommettes aigues, ces yeux sombres embusques sous des sourcils noirs, cette fierte des hommes et la facon abrupte de quemander des femmes que l'on croise dans la rue... Les tziganes ont ici leurs origines, et leur beauté, leur élégance innée sont intactes. 

Je ne me lasse pas de contempler toutes ces couleurs extraordinaires. Jaisalmer, avec ses demeures aux façades de pierre ciselée comme de la dentelle, est une merveille. J'ai experimenté l'une des principales attractions touristiques locales, le "camel safari', une excursion a dos de chameau dans le désert... Deux jours et une nuit, avec un couple d'americains rencontres dans le car en venant d'Udaipur. Une experience inoubliable, autant pour le cote exotique et rare (je dirais meme unique, car vue la douleur, une fois suffit dans une vie) que pour la beaute des paysages. "A la fois fantastique et insupportable" comme l'a justement decrit Johann, l'americain. Oui, trotter a dos de chameau est vraiment le plus inconfortable des moyens de transports. Mais pour voir le soleil se coucher et se lever sur les dunes, ca vaut le coup...

Apres Jaisalmer, Jodhpur, ou je n'ai passe qu'une nuit avant de reprendre le bus pour Pushkar. Jodhpur, la ville bleue... Encore un fort, mais non habite, contrairement a Jaisalmer, dont la vieille ville se trouve dans l'enceinte des remparts (et que l'afflux des touristes menace de plus en plus -notre hotel se trouvait en dehors, un choix "ethique" mais pour etre honnete, surtout lie a la fatigue d'une nuit de bus, et a la facilite, car mes compagnons de voyage et moi avons suivi le proprietaire de l'hotel venu chercher des clients a la station de bus). Bref, un fort de plus... Je vous avoue que j'ai du faire un veritable effort pour grimper jusqu'au fort de Jodhpur et le visiter. Arrive un moment ou le desir de voir, de visiter, de faire le tour des "sites a ne pas manquer" est tout simplement eteint. Et je me suis rendu compte que j'etais arrivee a ce point, a Jodhpur, quand il m'a fallu rassembler toute mon energie et ma volonte pour aller visiter ce fort. Je ne l'ai pas regrette une seconde, evidemment. Mais je pense que je ne peux plus emmagasiner grand chose en terme de decouvertes, je sature! Assez de temples, assez de forts, assez de musees, de lacs, de palais!!! Je n'en reviens pas moi-meme, de constater que ma curiosite s'est tarie... Je rencontre des gens qui voyagent pendant un an ou plus autour du monde... Et me rends compte que je ne pourrais pas continuer a me deplacer comme ca, d'une ville a l'autre, plus longtemps, alors que je n'ai passe que 3 mois en Inde! Je rencontre aussi des gens qui passent un mois dans une ville, voire 5 mois, comme l'espagnol qui loue la chambre voisine de la mienne a l'hotel de Pushkar. Il est photographe et passe son temps avec les gitans. Je crois qu'il est amoureux d'une danseuse tzigane... Ses photos sont superbes. 

Donc, Pushkar, la ville des hippies et des gitans. Un lac, ici aussi, et plus de 500 temples... Les batiments sont magnifiques. Tout est beau. Je n'ai plus de mots pour vous decrire ce que je vois chaque jour et qui me parait maintenant habituel : les singes dans les arbres, les ecureuils sur les murs, les anes, les vaches, les scenes de vie quotidienne toujours si belles... La musique omnipresente, qu'elle s'echappe des boutiques ou des radio-cassettes des chauffeurs de rickshaws, a plein volume. La vie indienne est d'une telle exuberance... Il m'a fallu 4 jours pour trouver le courage d'ecrire ces quelques lignes! Mon appareil photo se repose aussi, comme moi... Assimiler toutes ces experiences, laisser decanter cette foule d'images, de sensations, de decouvertes... Pushkar est "shanti" (paisible) comme le disent ses habitants. On croise ici aussi de vieux hippies qui ont pris la couleur locale. A condition de ne pas succomber aux mille tentations des boutiques, on peut vivre pour presque rien ici. Je resterai bien plus longtemps, a prendre le soleil le matin devant ma chambre, parcourir les ruelles aux murs bleus ou blancs, boire des jus de fruits frais, contempler les couchers de soleil sur le lac... Bon, je commence demain une "cure" ayurvedique de 4 jours, et parmi les recommandations de mon medecin (qui se trouve au rez de chaussee de l'hotel) il y a le fait de ne pas se fatiguer! Alors il est temps que je vous souhaite une bonne journee, ou une bonne nuit, et de beaux reves. Et meme si je ne vous l'ai pas dit depuis longtemps, merci pour les commentaires que vous avez eu la gentillesse de m'envoyer, sur le blog ou non, et qui m'ont toujours encouragee, et parfois remotivee pour tenir ce blog a jour.