IMGP6770Auroville... Avant de mettre pied a Pondicherry, j'etais intriguee par le concept meme de cette "ville de l'Aurore" fondee il y a 39 ans par la Mere, une francaise, compagne spirituelle de Sri Aurobindo. Des noms inconnus, et un vaste point d'interrogation. J'ai commence par aller a Auroville, en louant un velo a Pondicherry, mais j'ai choisi un mauvais jour : c'etait mercredi, le quatrieme jour du Pongal... Pas tres a l'aise sur mon velo dans la circulation, je sors de la ville en zigzagant entre les rickshaws, les pietons, les voitures, les motos, les bus... La route est parfaitement plane, et elle longe la cote. Apres les dernieres maisons de Pondicherry, des plantations de cocotiers bordent l'asphalte, jetant une ombre poudreuse sur quelques huttes en bambous disseminees sous les arbres. Sur la route, de nombreux occidentaux a moto passent dans les deux sens. Apres 5 km, j'arrive au croisement d'ou part la route pour Auroville. Il vaut mieux demander sa direction car le panneau, plante exactement au niveau de l'embranchement, n'est ni tres visible ni tres pratique. De la restent 8 km a parcourir jusqu'au Centre des visiteurs, qui est le premier endroit ou obtenir des renseignements quand on arrive. Des deux cotes de la route se suivent des guest houses, restaurants, boutiques d'artisanat ou ateliers de sculptures, la plupart fermes. Le premier village que je traverse est en pleine effervescence : une statue doree de Ganesh, protegee sous un chapiteau de velours rouge, est transportee dans un petit chariot tire par un tracteur. Autour, des jeunes filles vetues de rouge semblent attendre le debut d'un defile. Sous les arbres, sont etalees des batteries de cuisine en inox, et des gadgets de fete foraine, aussi inutiles que seduisants, fleurs artificielles, telephones mobiles en plastique rose, ballons en peluche... Je continue ma route dans ce qui ressemble a un vaste parc, ou les plantations de differentes especes se succedent. Auroville, quand elle a ete creee, se trouvait sur un plateau de terre rouge aride et ravinee. Ses habitants ont plante plus de 2 millions d'arbres, transformant les lieux en un grand espace frais et ombrage. Faire du velo sur cette petite route toujours plane est un vrai bonheur. De rares panneaux indiquent des directions aux noms etranges, comme "Unity", "Solar Kitchen", "Certitude". Au Centre des visiteurs, le portail est ferme et les gardiens me rappellent qu'aujourd'hui, c'est (encore!) Pongal, et jour ferie. Bon. Je rebrousse chemin et vais voir le Matrimandir, la sphere doree qui represente le coeur d'Auroville. En son centre, une salle de meditation en marbre contient un cristal que traversent les rayons du soleil. Mais les travaux sont interminables et le Matrimandir est semble-t-il rarement accessible au public, sauf de loin. Un parcours delimite par des ficelles draine le flux des visiteurs, pour la plupart des Indiens venus en bus de tourisme. Douze jardins rayonnent autour du Matrimandir, representant douze etats de l'humanite.

IMGP6793Je reprends mon velo, et continue a explorer les routes d'Auroville. Je debouche a un moment, presque par megarde, sur un terrain qui entoure la Cuisine Solaire, fermee elle aussi. En fait, a ce stade je commence a me demander ou se trouve reellement Auroville! Quant a ses habitants, tous ceux que je croise sont a moto, et filent, cheveux au vent, visage bronzes. Des jeunes et des moins jeunes, qui ont tout de 'vieux hippies", habilles exactement comme leurs cadets, mais les cheveux gris ou blancs, et des rides en plus. Une mamie a cheveux blancs porte meme des couettes. Un peu perplexe, non a cause des couettes (enfin, un peu quand meme!) mais parce que je n'arrive pas a me faire une idee de ce qu'est vraiment Auroville, je continue ma balade.

Puisque tout est ferme, il reste la plage, au niveau de l'embranchement avec la route qui relie Pondicherry a Madras. Eh bien, pour la seance de baignade et bronzette, ce n'etait pas non plus le bon jour! Les indiens ont tellement bien fete Pongal, et surtout arrose, que la plage est pleine d'hommes saouls, qui titubent en plein soleil. Un petit groupe d'occidentaux est installe sur des serviettes. J'apprends que d'abitude cette plage, Auroville Beach, est tacitement separee en deux, un cote pour les Indiens et l'autre pour les etrangers. Mais aujourd'hui, les gardes cotes qui font respecter cet etat des choses sont en conge. Et les Indiens sont ivres. Un jeune anglais, benevole dans une ONG de developpement rural me dit qu'Auroville n'est pas vraiment accueillante pour les visiteurs, et que lui non plus n'arrive pas a determiner ou se trouve vraiment la ville, ni ce qui la constitue. Les panneaux qui indiquent mal les directions egarent un peu plus les badauds. Il me raconte que le proprietaire de sa Guest House a passe la premiere anne de test pour devenir Aurovillien, puis qu'il a abandonne car le systeme ne lui plaisait pas. "Apres la mort de la Mere, on raconte que les choses ont change, c'etait elle qui etait au centre de tout le projet, et personne n'a vraiment pris la releve." La conversation est interrompue car ses deux copines Hollandaises en maillots de bain declenchent presque une emeute, en refusant de voir l'attroupement d'hommes hilares qui les regardent avec des yeux prets a sortir de la tete, en faisant des photos avec leurs telephones. Un garde cote en conge s'approche et leur demande de se rhabiller, ce qu'elles finissent par faire avant que les choses degenerent. Peu apres, une escouade de gendarmes en uniformes, hommes et femmes, arrivent sur la plage avec leurs matraques et interdisent tout bonnement la baignade, sans doute de peur que les ivrognes se noient. Bon. Decidement cette journee n'est pas propice a grand chose! Je reprends la route pour Pondicherry. J'ai l'impression de n'avoir rien vu, rien compris d'Auroville. Je vais devoir revenir. Le lendemain, alors que je bois un lassi dans une petite boutique de jus de fruits, une Francaise vient s'asseoir a cote de moi et entame la conversation. C'est une parisienne, qui commence par me dire qu'elle est venue se faire refaire les dents ici car les soins dentaires sont beaucoup moins chers qu'en France. Elle est logee dans une maison indienne, a Auroville. Cela fait plusieurs annees qu'elle vient, car elle aime l'endroit, meme si elle ne parle pas du tout anglais. Sur Auroville, elle me dit plus ou moins la meme chose que l'anglais la veille. "Apres la Mere, il y a eu son successeur spirituel, mais ensuite il s'est retire, il y a longtemps, et certains racontent qu'il est toujours a Auroville, mais qu'il se cache..." D'apres elle, les habitants ne sont pas faciles a rencontrer, et beaucoup de rumeurs courent sur l'argent, la hierarchie, la politique qui preside aux decisions prise a Auroville. L'air d'une conspiratrice, elle me glisse "On dit que tout en haut, ce sont des Juifs qui tirent les ficelles". Hum. Decidement Auroville ressemble a une star, drapee dans un mystere propice a toutes les rumeurs.