IMGP6685Pondicherry est une ville pleine de senteurs et de fleurs, qui exude un charme torride de belle creole. L'epoque coloniale francaise, au 18e et 19e siecles, a laisse une empreinte particuliere ; un quartier aux larges avenues ombragees proches de la promenade du front de mer, ou les maisons oppulentes paraissent emerger tout droit de l'epoque ou l'on circulait en caleche attelee, dans des rues aux noms insolites en Inde : rue du Bazar St Laurent, rue Saint Ange, rue Labourdonnais, rue Saint Louis... Un canal d'eau stagnante exhalant des relents putrides traverse la ville dans toute sa longueur, delimitant plus ou moins le quartier indien et le quartier francais. La chaleur decuple toutes les odeurs, et Pondicherry est une ville tropicale, ou l'on est assailli par des aromes de cafe moulu, d'encens, d'ananas fraichement decoupe, et par les parfums des femmes.

IMGP6740Ici plus qu'ailleurs, je suis frappee par la beaute des Indiennes, leur art de la parure. Elles accrochent des guirlandes de fleurs dans leurs longues tresses noires, portent des rangees de bracelets brillants, des boucles d'oreilles en or aux formes compliquees, de larges fleurs d'or sur le nez, parfois une sur chaque narine... Les petites filles ont aussi des bracelets aux deux chevilles, dont les clochettes teintent a chacun de leur gestes. Parfois leurs parents leurs font des taches noires sur le front, la joue et le menton, pour eloigner le mauvais oeil que pourraient lancer les gens qui les trouveraient trop jolies... Comparees aux hommes, les femmes sont tellement plus raffinees et decoratives! Certaines ont les cheveux courts, ce qui leur donne un air qui me fait penser aux creoles des iles. Les hommes sont habilles de facon plus decontractee, certains avec un pagne autour de la taille, qu'ils remontent a cause de la chaleur, formant une sorte de jupe bouffante au-dessus du genou.

Je ne me lasse pas de parcourir les rues de Podicherry, dont le plan est on ne peut plus simple, toutes les rues sont paralleles ou perpendiculaires a l'ocean. Il n'y a pas de plage mais des rochers, sur lesquels les familles s'assoient et mangent une glace face aux vagues. On voit souvent des hommes marcher en se tenant par la main, comme les jeunes filles. Mais des couples, beaucoup plus rarement! Dans les parcs et les jardins, la vegetation est abondante, bougainvillees, frangipaniers, tulipiers... on peut facilement parcourir la ville a pieds, aller du centre ville, qui fait la jonction entre les deux quartiers, au front de mer, puis au musee, au jardin botanique, au marche...

IMGP6844J'ai une chambre au Amala Lodge, rue Ananda Rangapillai... Des noms qui chantent et m'enchantenet, comme le fait de me trouver a Pondicherry. Mon hotel est plein de plantes en pot, et ma chambre, sur la terrasse, a des fenetres qui ouvrent sur la rue et sur un coin avec table et banquettes. Elle est agreable, et apres le cagibi de Mamallapuram, c'est appreciable de pouvoir circuler et respirer dans sa chambre. C'est en plein centre ville : c'est bruyant, anime, vivant a souhait!  Pondicherry se couche tard et se leve tard aussi, les magasins ouvrent lentement vers 9h, 9h30. Le soir, on entend des klaxons, des bruits de travaux indertemines (perceuses ou foreuses...) des motos qui vrombissent, des eclats de voix, jusque vers minuit. La nuit l'air est plus frais et les gens sortent se promener dans l'apres midi. Nehru Street et Mission Street, deux arteres principales de Pondicherry, concentrent une grand part du commerce, qui evoque un bazar melant orient et occident. Fleurs articfielles, sacs a mains, vaisselle en inox, chaussures en faux cuir, vetements de style indien et occidental, tout un tas de bibelots s'entassent le long des rues ou l'on peut trouver tout ce que l'on cherche, qu'il s'agisse de cotons tiges, d'eventails en plumes de paon ou de peignes en plastique.

IMGP6950Le marche Goubert, a deux pas de mon hotel, est un labyrinthe d'allees couvertes ou l'on se faufile entre des pyramides de tomates, choux-fleurs, oignons, aubergines, citrons, des sacs de jutes pleins de pates aux couleurs parfois surprenantes (bleues, rouges, vertes...), des montagnes d'epices aux tons jaunes, ocres, briques, des tas d'herbes fraiches, persil, menthe, coriandre... Il y a les allees des fleuristes, ou des paniers debordent de roses, oiellets d'Inde, fleurs blanches aux longues clochettes, qui sont vendues au poids ou tressees en guirlandes decoratives, que les femmes mettent dans leurs cheveux, mais qui ornent aussi bien les voitures ou les devantures de magasins ou les maisons.

IMGP7063La halle des poissonnieres est la plus animee et haute en couleurs. Comme partout dans le monde, les marchandes donnent de la voix, invitant les menageres a admirer leurs poissons, crevettes -dont certaines sont vraiment magnifiques- et crabes. Elles manient le couteau a grands coups sur les billots de bois, pesent d'enormes morceaux de poissons qui ont l'air tous frais peches. Bref, une promenade dans ce narche donne envie d'avoir une cuisine et de pouvoir preparer des plats soi-meme... Mais a defaut, je fais des photos! Et je goute des pltas dont les noms me sont souvent totalement inconnus ce qui offre des surprises plus oumoins plaisantes... La base de la cuisine locale est principalement composee de sauces variees, avec des legumes ou simplement des condiments et aromates, dans lesquels on trempe des chapatis (galettes de ble), des dosas (crepes fines et croustillantes), des idlis (petites galettes moelleuses a base de riz), ou des beignets frits. Le tout est mange avec les doigts de la main droite, la gauche etant reservee aux taches impures, comme au Maroc ou en Afrique.

Je suis arrivee a Pondichery en plein Pongal, un festival dont les celebrations se deploient durant quatre jours dans tout le Tamil Nadu. C'est la fete de la nouvelle recolte de riz paddy. Le premier jour est reserve a l'elimination des vieux objets inutiles : on brule devant chaque maison des feux de purification. Le lendemain est consacre au Dieu soleil, que l'on remercie pour avoir permis au riz de murir. Puis l'on celebre le betail,  vaches et boeufs, qui ont fourni leur travail et leur lait. Des defiles de vaches parees de decorations rutilantes ont lieu dans les rues. Enfin le quatrieme et dernier jour, ont lieu les benedictions familiales, qui rassemblent les proches. Des mandalas colores sont dessines sur le seuil des maisons pendant ces jours de fete, et les gens dans la rue vous souhaitent "Happy Pongal!" C'est le proprietaire d'une papeterie dans ma rue qui m'a explique la signification du Pongal. Je lui ai achete un stylo, un crayon et une gomme, et j'ai repondu a ses questions sur la France et sur mon voyage avec une bonne volonte qui m'ont valu d'etre invitee a boire un chai dans la boutique, en face, d'un marchand de matelas. Sa femme nous a servi trois tasses de the, et mon papetier a continue la conversation entamee dans son magasin. Son accent roulant etait parfois si prononce que son anglais me paraissait etre du Tamil! Mais ce qu'il m'a raconte sur le Pongal et sur Auroville etait interessant. Auroville... Cette cite ideale inauguree en 1968 par une francaise visionnaire et sans doute un peu illuminee, ne cesse de m'intriguer. Je suis partie en quete d'Auroville, qui se trouve a une douzaine de km de Pondicherry, mais trouver la ville, et ses habitants, s'est avere plus complique que prevu. Je vous raconterai cela dans un prochain message.